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Le rôle du tambourinaire dans le folklore

en Provence

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Musiciens d'hier et d'aujourd'hui
 
   

             Les troubadours au Moyen-âge et les musiciens en Provence ont utilisé de nombreux instruments de musique : vièle, épinette, luth, flûte de pan, flûtets, vielle à roue. Seuls quelques instruments se sont maintenus et sont devenus des symboles de la musique provençale. Il s'agit du galoubet et du tambourin, instruments inséparables joués par un seul exécutant. Au galoubet revient la mélodie, au tambourin l'accompagnement.

          Cette musique provençale a évolué et s'est enrichi au cours des siècles.

          Musique traditionnelle et identitaire, elle garde aujourd'hui actualité et modernité.


                             
I - La musique traditionnelle :
                      1 - Les instruments :
                           a - le galoubet :

Tambourin, galoubet et massette


          Le nom de galoubet n'apparaît guère avant le 18ème siècle. Auparavant, il avait pris les noms de flahutet, flajoulet, flaveto, turo-luro.

          Le galoubet est un instrument à vent de la famille des flûtes à bec.

          Si le galoubet a évolué au cours des siècles, il reste un proche parent des falhuts béarnais, des silbotes basques et des flaviols majorquins. C'est un instrument ouvert à embouchure de flûte, de paroi très mince et de perce étroite. Il a un son très aigu. Il est fabriqué en buis, olivier, palissandre, ébène et ivoire ou os. D'après le principe du sifflet, une colonne d'air pénètre à l'extrémité du bec, traverse une embouchure à fente étroite (1mm à 1.5mm d'épaisseur) : la lumière, et vient se briser contre un biseau.
          Les différentes tonalités
de l'instrument dépendent de sa longueur. Ainsi il existe des galoubets en ré, en ut, en si bécarre (ton St Barnabé), en si 440, en la et en sol (du plus court au plus long).

              Il se joue avec une seule main, la gauche. Il est percé de trois trous: deux sur le dessus pour le majeur et l'index, un sur le dessous pour le pouce. Ainsi, il n'y a que quatre doigtés possibles : tous trous fermés, un trou ouvert, deux trous ouverts et tous les trous ouverts. Ceux-ci nous permettent de jouer un octave et demi, plus les altérations. Cet instrument est fabriqué par de nombreux facteurs : FABRE de Barjols (83), SUPERBE de Fos sur Mer (13), MAGNAN d'Orange (84), etc. ...

                                b - le tambourin :

           Le tambourin, instrument à répercussion, sert à l'accompagnement du galoubet. Son rôle est de fournir à l'aigre galoubet un fond sonore, une basse continue grâce à des batteries plus ou moins compliquées.

              Il est composé :

                  * d'un fût de 74 cm de hauteur et de 35cm de diamètre, il est composé de 5 à 6 planches cintrées et sculptées.

              * de deux peaux : une de veau mort-né sur le dessus sur laquelle repose une chanterelle, et une peau de chevrette au dessous. Ces peaux sont enroulées autour d'un cerceau maintenu au fût par un cercle comportant dix boutons. Ces boutons permettent le passage d'une corde de chanvre agrémentée de passants servant à la tension des peaux.

            Un tambourin d'étude est en contreplaqué et dépourvu de sculptures, tandis qu'un beau tambourin est en noyer, en frêne ou en châtaignier, orné de motifs sculptés et d'un motif central plus important. Toutes les sculptures sont libres, chaque tambourinaire choisit les siennes.

             On tient le tambourin du bras gauche, et, à l'aide d'une massette tenue par la main droite, on "touche" le tambourin. La massette est faite d'une mince tige de bois dur terminée par un gland et emmanchée dans une poignée sculptée dans le sens transversal. Certaines poignées étaient faites en deux parties, se divisant et pouvant renfermer un tampon de coton imbibé de parfum. Généralement, les massettes sont en olivier ou en buis, mais aussi en ébène et en ivoire.

                      2 - Le répertoire :

             Si l'ensemble galoubet-tambourin est connu dès le Moyen Âge, les documents de référence (textes et peintures) attestent que du XIVème au début du XVIIème siècle, le galoubet-tambourin était réservé à l'accompagnement des danses (estampie, courante, pavane, branle, ... ) dans les cours européennes et en Provence à la cour du Roi René.

             C'est à partir du XVIIème siècle que le galoubet-tambourin est reconnu comme l'instrument qui traditionnellement accompagne les fêtes en Provence avec des marches, des aubades, des noëls, ... Au XVIIIème, le répertoire s'enrichit de nombreuses transcriptions d'airs d'opéras, d'opéras comiques, de vaudevilles et de compositions spécifiquement écrites pour cet instrument. Au XIXème et XXème siècles, le répertoire intègre les danses à la mode (valse, quadrille, polka, scottish, mazurka) et les chants écrits par des félibres comme Mistral, Aubanel et Charloun Rieu. Vers 1930, avec l'apparition des groupes folkloriques, les tambourinaires complètent leur répertoire avec les danses traditionnelles en Provence (farandole, volte, chivau-frus, etc. ...).

                                    3 - Les musiciens :          
        

              Le tambourinaire a toujours participé à la vie sociale et festive de son temps. Il accompagne les danses dans toutes les classes sociales. Il participe à toutes les réjouissances de la vie familiale (baptême, mariage), aux fêtes religieuses (Noël, Fête-Dieu). Il accompagne les pèlerinages qui fêtent le saint patron d'un village (St Marcel à Barjols) ou celui d'une corporation (Saint Eloi, patron des charretiers et des maréchaux ferrant). C'est lui donne l'aubade aux autorités, qui accueille les visiteurs importants, qui anime les réjouissances organisées pour des évènements nationaux ou royaux (sacre de Louis XVI, naissance du dauphin, élection du pape, etc. ...). Au XVIIIème siècle, des tambourinaires (Le Marchand, Châteauminois) entrent à l'opéra et dans les grands orchestres de la capitale. Ils transcrivent des airs d'opéras et composent des œuvres qui exigent souvent une grande virtuosité.

             En 1854, le mouvement félibréen consacre le galoubet-tambourin comme symbole de l'identité provençale. De nombreuses sociétés de tambourinaires se créent, maintiennent et transmettent le répertoire, mais peu à peu avec le développement des groupes folkloriques, la pratique musicale des tambourinaires s'appauvrit et l'on parle même d'une véritable décadence.

                            II - La musique provençale aujourd'hui :
                      1 - Les instruments :

               Depuis 1950, des musiciens ont œuvré pour la renaissance du galoubet-tambourin, instrument de musique à part entière qui peut être accompagné par des instruments classiques (piano, flûte à bec, basson, etc. ...) . La renaissance de notre instrument est dû à l'enseignement dans les conservatoires d'Aix en Provence, d'Avignon, de Marseille, et dans de nombreuses écoles de musique. Des examens sont organisés chaque année avant la période de Noël, sanctionnant les compétences musicales des tambourinaires avec l'attribution de degré.

                Aujourd'hui, le galoubet-tambourin s'associe à des instruments tels que la batterie, le saxophone, l'accordéon, le synthétiseur, les percussions et le djembé.

                     2 - Le répertoire :

          Si un effort tout particulier a été fait pour retrouver, diffuser un répertoire d'une grande richesse, il faut remarquer l'évolution actuelle du répertoire de cet instrument. Beaucoup de musiciens contemporains écrivent pour le galoubet-tambourin, des œuvres sur des rythmes initialement non prévus pour l'instrument tels que le jazz, le blues, la samba, la biguine et même le rap. Les tambourinaires animent des balèti, jouent des musiques de rue, transcrivent pour l'instrument des musiques de films et de variétés.

           L'utilisation des supports de communication et de diffusion participe à la reconnaissance de cette évolution.

                    3 - Les musiciens :

                  Le plus grand signe de modernité aujourd'hui pour un tambourinaire c'est de participer :

                       * aux festivals de musiques traditionnelles et identitaires.

                       * au forum du tambourin à Aix en Provence.

                     * aux fêtes traditionnelles importantes, souvent fortement médiatiques, comme la fête des Tripettes à Barjols, les feux de la Saint Jean, les fêtes de Carnaval.

                      * aux rassemblements de tambourinaires qui sont organisés lors d'événements exceptionnels comme le bicentenaire de la révolution française à Paris en 1989 (150 tambourinaires étaient présents sur les Champs-Elysées), ou à Marseille pour les 2600 ans de la ville (participation en juin 1999 d'une centaine de tambourinaires avec des musiciens maltais et égyptiens). Ces rassemblements montrent une reconnaissance de la culture traditionnelle provençales dans le monde moderne.

                 Le résultat de cette notoriété est la participation des tambourinaires aux festivals nationaux et internationaux qui permettent la rencontre et l'échange avec des groupes de cultures très différentes.

 

                         Conclusion :

                 Au moment où chacun est à la recherche de ses racines, la musique provençale est l'un des éléments d'une culture riche et d'une identité qui est toujours d'actualité. C'est une musique qui évolue, qui s'adapte au monde d'aujourd'hui et se fait connaître par les moyens de communications actuels : audio, vidéo, télévisuel et par internet. C'est une musique qui est le support d'échanges culturels, d'ouverture sur un monde fait de diversité et de différences.

 

 

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